Photo: Sergei Starostin / Pexels
Une brochure peut annoncer qu'une tonne de pneus donne de l'huile, du noir de carbone, du gaz et de l'acier. C'est une liste de flux possibles, pas le résultat mesuré d'une installation. Les bonnes questions sont plus précises : quels pneus sont entrés, qu'est-ce qui est sorti du périmètre d'essai et quelles fractions respectent le cahier des charges d'un acheteur ?
Un réacteur, deux chemins pour la matière
Les pneus sont triés, pesés et préparés pour l'alimentation. Le caoutchouc est chauffé dans un réacteur privé d'oxygène. Les vapeurs sont refroidies : la part condensable devient une huile de pyrolyse ; le gaz restant est mesuré, traité puis utilisé comme combustible de procédé ou pris en charge autrement. Les solides chauds doivent refroidir avant la séparation de l'acier et du char. Il ne s'agit pas d'une combustion dans le réacteur ; brûler le gaz dans un brûleur produit néanmoins des fumées à maîtriser.
| Point du procédé | Donnée à relever | Pourquoi cela change le résultat |
|---|---|---|
| Pneus entrants | Masse, mélange de pneus, humidité, terre, textiles et éventuel retrait préalable de l'acier. | Une tonne de pneus entiers et une tonne de granulats de caoutchouc propres ne sont pas la même base d'essai. |
| Réacteur | Débit d'alimentation, température, temps de séjour, maîtrise de l'entrée d'air et arrêts. | Ces conditions modifient la répartition entre vapeurs, gaz et résidus solides ; les arrêts pèsent sur la moyenne. |
| Condensation | Masse de liquide collectée, eau séparée, point de prélèvement et conditions de refroidissement. | Un chiffre d'huile élevé n'a pas de valeur si l'huile est hors spécification ou contient de l'eau. |
| Solides et gaz | Masses du char, de l'acier et des refus ; débit et composition du gaz ; combustible auxiliaire et électricité. | Un gaz non mesuré ou une énergie importée oubliée fausse les bilans matière et énergie. |
Prendre une tonne pour vérifier le calcul
Imaginons 1 000 kg de pneus pesés à l'entrée et 980 kg comptabilisés, au total, en huile, gaz, matière carbonée, acier et résidus. Le taux de bouclage est de 980 ÷ 1 000 = 98 %. Les 20 kg d'écart demandent une enquête ; ce ne sont pas automatiquement des émissions ni une perte de produit vendable. Vérifier les incertitudes de pesée, l'humidité, la matière retenue dans les équipements, les condensats, les poussières et la mesure du gaz. Préciser si la base est le pneu entier, le pneu sec ou le caoutchouc dont l'acier a été retiré, et comptabiliser séparément toute matière ajoutée. Deux tableaux de rendement ne se comparent qu'à périmètre et base identiques.
Quatre fractions, quatre questions d'acheteur
| Flux | Ce qu'il faut vérifier avant de parler de produit |
|---|---|
| Huile de pyrolyse | Demander une analyse représentative et les limites de l'acheteur : eau, soufre, viscosité, courbe de distillation et contaminants. Une huile brute n'est pas automatiquement du gazole routier. |
| Char / noir de carbone récupéré | Le char brut peut contenir des cendres minérales et des composés organiques résiduels. Identifier les étapes de nettoyage, broyage ou granulation, puis tester le produit fini pour son usage. La norme ASTM D8632 classe le noir de carbone récupéré destiné au caoutchouc ; la masse de char seule ne constitue pas une spécification commerciale. |
| Gaz non condensable | Mesurer débit et composition, documenter l'épuration, l'usage ou l'élimination maîtrisée, la chaleur récupérée et les émissions du brûleur. L'autonomie énergétique exige un bilan net mesuré. |
| Acier récupéré | Le peser séparément et vérifier les restes de caoutchouc ou de carbone, les coûts de manutention et les critères d'acceptation du ferrailleur. |
La différence entre char brut et noir de carbone récupéré qualifié est commerciale, pas seulement terminologique. Une étude sur four rotatif a montré que les conditions de traitement changent à la fois l'huile obtenue et les propriétés du carbone. La classification ASTM porte sur la charge finale après traitement. Le résultat de laboratoire d'un mélange de pneus ne doit donc pas être recopié dans la prévision de vente d'un autre mélange.
Les pièces à exiger d'un essai crédible
- Un journal daté d'un gisement représentatif : types de pneus, souillures et base de masse exacte.
- Un essai continu qui distingue démarrage, régime stabilisé, arrêts et extinction.
- Un bilan matière complet : méthodes de mesure, incertitudes, destination des refus et résidus.
- Un bilan énergie : combustible importé, électricité, gaz utilisé et chaleur évacuée au refroidissement.
- Des analyses indépendantes d'échantillons représentatifs, comparées au cahier des charges d'acheteurs identifiés.
- Un plan adapté au site pour les rejets atmosphériques, l'eau, le stockage, la sécurité incendie et les autorisations.
MSR Environnement développe un projet de pyrolyse des pneumatiques. La prochaine étape utile est de définir le gisement, le protocole d'essai et les débouchés avant de transformer un rendement annoncé en modèle économique.
Pour produire du granulat de caoutchouc : choisir une ligne de broyage et séparation mécanique
Échanger avec MSR sur un projet de pyrolyseSources utiles
- Étude expérimentale sur four rotatif : conditions, qualité de l'huile et du carbone récupéré
- Étude expérimentale de pyrolyse rapide : bilan matière et gestion du gaz
- ASTM D8632-26 : classification du noir de carbone récupéré pour le caoutchouc
- Commission européenne CORDIS : projet de pyrolyse et de désulfuration des produits